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L'invité du 13

LA PASSION DU SON 13 juillet 2017

De retour des « Eurokeenes » de Belfort et juste avant son départ pour les Francofolies de la Rochelle, Philippe Cabon est un ingénieur du son passionné dont l’agenda est plutôt chargé en ces temps de festivals estivaux… !

La passion du son : ces quelques mots pour résumer le talent de Philippe.

Le métier d’ingénieur du son offre différentes facettes : la sonorisation d’un espace pour un concert, la captation d’un concert en direct dans un studio mobile, l’enregistrement du son en studio, la prise de son pour le cinéma et les vidéos, la prise de son pour les grands reportages terrain... A chaque fois, un travail différent pour l’ingénieur, plus ou moins spontané mais demandant une connaissance très précise et pointue.

Depuis de nombreuses années, Philippe met son talent au service de Radio France et est reconnu dans une de ses spécialités, celle qui le fait vibrer le plus : la « captation » de concerts ! 

La captation consiste à mélanger (on dit mixer) en direct (en streaming dans le jargon) toutes les sources sonores d’un concert (plutôt Rock pour Philippe): chaque instrument de musique, chaque caisse de la batterie, chaque voix, chaque source sonore, on parle de 30 à 50 micros placés sur la scène et vers le public. Ces sources sonores sont alors mixées à la table de mixage pour vous permettre d’écouter le concert « Live » comme si vous y étiez … enthousiasme de la foule compris !

Philippe nous explique aussi comment certaines captations de concert deviennent des « albums live ». Toutes les prises de son de chaque micro sont harmonisées et mixées avec la plus grande justesse en studio… Certains musiciens et chanteurs comme Patti Smith pour lequel Philippe a eu le plaisir de travailler, ont pris ces captations telles quelles et sans retouches pour l’album…le professionnalisme de Philippe parle de lui-même …

Pas de musiciens … Pas d’ingénieurs du son… leurs histoires sont liées.

On surprend aussi l’émotion très présente quand Philippe nous parle de sa collaboration avec Alain Baschung, lorsqu’il a « fait son concert » live, que les chansons avaient été adaptées pour une version de scène et mixées en live. Après la disparition d’Alain, Philippe a travaillé pour que ce dernier concert capté devienne un ultime album. Il a écouté sa voix, celle d'Alain, seule,  comme un dernier cadeau à offrir ! Un travail léché, qui demande du temps au temps pour harmoniser chaque prise de son, et rester au plus près de l’artiste et des ses couleurs musicales. Pour Alain, il fallait laisser une trace merveilleuse !

Ses meilleurs souvenirs sont les rencontres avec les artistes, Placebo, Patti Smith, Noir désir…

Musicalement, Alain Baschung reste au plus près de son cœur … Un grand monsieur !

A sa Bretagne natale, Philippe garde un immense attachement. Il donne tous les ans une semaine de cours aux élèves de l’université Image et Son de Brest (ISB) dont l’enseignement de dernière année n’est dispensé que par des professionnels actifs.

Il garde aussi un attachement tout particulier pour le Cabaret Vauban qui programme des concerts de tous styles musicaux et des bals dans le sous-sol de l’hôtel restaurant Vauban à Brest…On a pu y entendre Miosec (Breton lui aussi !) Cat Onoma ...entre autres!

De son amitié avec Charles le propriétaire du lieu, ils ont imaginé qu’il serait possible un jour de repartir avec le mixage du concert auquel on vient d’assister …Techniquement tous les moyens existent et sont réunis : le lieu, la scène, la captation par l’ingénieur du son, le mixage, les connections internet, seuls les moyens financiers manquent … alors peut être qu’un jour, au moins une fois ce rêve fou de capteur de sons et de copains deviendra une réalité !

A suivre…car ces gaillards ne lâcheront pas !

Les enregistrements d’album en studio sont des immersions totales. Le temps est compté, le travail 24/24 …Chaque studio à sa propre acoustique et un expert tel que Philippe pourra reconnaitre, à la simple écoute d’un enregistrement, de quel studio il s’agit !  (Quand il le connait évidement !). L’architecture du lieu, les matériaux employés et malgré les calculs savants des acousticiens, laissent subsister quelque chose d'empirique, ce qui fait la différence du son !

Aujourd’hui Philippe regrette que nombre de ces studios ferment, l’évolution de la technologie permet de mixer chez soi et ne nécessite plus forcément ces lieux onéreux. Les albums peuvent être réalisés avec peu de moyens, et seuls les grosses productions continuent d’enregistrer en studio.

L’autre variante plus sympa la location d’une villa pour enregistrer l’album … musiciens, techniciens et ingénieurs du son sont réunis dans une espace plus convivial, les artistes semblent être plus heureux nous dit Philippe ! Par contre l’installation demande une organisation plus complexe … 

Philippe nous parle aussi d’éducation musicale ! Pas besoin d’être tous des musiciens, de jouer d’un instrument, de savoir lire la musique…notre faculté commune accessible à tous apprendre à écouter la musique, toutes les musiques !

C’est probablement l’éducation qui fait défaut à nos ados… La technologie des MP3 ne donne pas le meilleur des sons. C’est un son acide, les aigus sont saturés, et les graves « pourris » … C’est un codage informatique qui permet d'enregistrer pour le même volume jusqu’à 3000 chansons par exemple contre 200 morceaux en linéaire dont le son sera bien supérieur, mais le choix plus restreint (quoi que !!).

Notre oreille est source de plaisirs ... ne la maltraitez pas avec des écouteurs trop forts !

Ecoutez ces musiques avec respect pour elles ! 

Car pour Philippe, c’est avec le cœur et l’âme que la musique est la plus belle et le fait vibrer.

 

THM

Philippe Cabon   PHILIPPE CABON

De 1957, son année de naissance jusqu’à la fin de ses études, Philippe demeure à Brest. Il monte à Paris en 1979 pour y trouver des petits boulots, travaille en free-lance au « Palace » boite de nuit en vogue de l’époque et commence en tant qu’assistant de tournée avec quelques groupes. Il rejoindra Radio France dans les années 1980, et grandira au sein de cette maison pour devenir l’ingénieur du son reconnu qu’il est aujourd’hui.

Un palmarès impressionnant de collaborations avec Les Stanglers, Kat Onoma, Alain Baschung, Patti Smith, Noir désir, Placebo...

Des captations pour les plus grands : Bruce Springsteen, ZZ Top, The Cure …et les moins connus, récemment avec « Petit biscuit » jeune prodige …

Son lieu de prédilection : son camion studio derrière la scène … toujours en « live » !